L’hiver, même pas peur (ou l’Hygge, l’art d’hiberner)

Cet hiver, dans les magasines et sur le net, on nous l’a sorti à toutes les sauces de caribou : le hygge.  Joli concept, présenté comme une philosophie et un art de vivre danois, ça sent bon comme une bougie Rituals. Ca tombe bien, j’adore me blottir sous une couverture en fausse fourrure, partager un chocolat chaud avec les personnes qui comptent pour moi et j’apprends à laisser le stress sous le paillasson.

L’art du hygge serait apparu au Danemark fin du 19ème, début du 20ème siècle. Alors pourquoi n’en avoir jamais entendu parler avant, si ce n’est parce que ce mot est imprononçable dans nos contrées ? Clémentine GALLOT, dans son très intéressant article pour Libération, pose la  judicieuse question de savoir si ce concept ne serait pas un coup de marketing pour écrire des bouquins welness anglo-saxons et vendre des « plaids en caribou ». Non, non, je ne sais pas de quoi elle veut parler, je ne suis pas du style à faire des achats compulsifs dans les librairies et dans les enseignes bon marché du coin… Enfin, si, mais j’en ai vraiment besoin pour réchauffer la déco de mon salon, et mon petit coeur par la même occasion…

Bon, moi je me dis que le hygge a un petit goût de déjà-vu. La veille des années nonante (quatre-vingt-dix pour mes amis français), c’est le cocooning qui est venu faire son nid dans nos foyer. Je ne vais pas m’en plaindre : l’art de la sieste, je le cultive. Me couler dans un bon bain, enveloppée de douceur et de senteur enivrante, je suis championne olympique ! Ajouter des pantalons de yoga à ma garde-robe de tous les jours, ca a été l’idée la plus confortable pour m’habiller enceinte sans me ruiner avec des pièces que je peux encore porter, mêmes si mes bébés, ben ils sont devenus des adolescents.
Je suis casanière et la dolce vitae est la plus jolie expression italienne que je connaisse. Les anglais ont réussi a faire de leur tea-time un patrimoine national. Au Canada, on parlerait de hominess  et en Allemagne de Gemütlichkeit (il m’a fallut une minute pour écrire ce mot à lui tout seul). Alors qu’est ce qui rend différent le hygge de ces concepts ?
1.Le hygge, contrairement à la dolce vita est une discipline pratiquée en hiver. On peut la considérer comme une stratégie de survie hivernal lorsque les jours sont courts et que l’on a l’impression de partir au travail ou à l’école quand il fait encore noir pour revenir à la tombée de la nuit. C’est une manière d’hiberner, mais en étant pleinement conscient de sa présence à soi et aux autres.
2. Le hygge, de prime abord, ce serait allumer des bougies partout. Un réflexe que j’oublié tout en temps mais que j’essaye de reprendre : une bougie à table, au moment du repas, d’autres au bord de la baignoire (mais bon, là, c’est pour moi toute seule). J’avoue qu’avec une petite tribu d’enfants et de chiens, je n’ose quand-même plus trop les bougies, de peur de mettre le feu à la maison.  Mais il faut juste réapprendre le plaisir de souffler les bougies avant de dormir et vivre sereinement. En attendant, je privilégie les lampes à la douce lumière tamisée aux néons, même sur mon lieu de travail.
3. Le hygge se pratiquerait plus en groupe, que seule avec un pot de Nutella ou un paquet de Mélo Cake. Plutôt que de se réunir dans un bar pour partager un verre, on se réunirait à la maison, devant le poêle avec une boisson chaude et un petit plaisir gourmand, un gâteau maison par exemple. Le côté poétique du Hygge, c’est de se mettre dans la peau d’un chat, si on suit l’idée d’Anne-Solange Tardy dans son livre séducteur : chat, carnet hygge de sagesse . Le chat est indépendant et est plein de sagesse, il aime la chaleur du foyer et la présence des autres. Ah oui, je me retrouve bien là !
4. Le hygge ne pourrait se vivre si on n’était pas complètement dans le moment présent en toute simplicité et sincérité. Ca me parle aussi, ce petit côté mindfulness, pleine conscience mais en mode partage. Par contre, cela demande de bannir le téléphone portable, ce qui n’est pas facile pour moi qui suis accroc d’Instagram et qui photographie la moindre tartine que je mange ! D’ailleurs, sur Pinterest, j’ai vu une chouette idée : un joli panier en osier en bout de table pour y déposer tous les portables des convives… J’ai utilisé mes collègues comme cobayes : testé et approuvé par la majorité !
5. Le hygge serait un cocon, un espace protecteur face au stress et au contraintes du monde extérieur et sans crainte de jugement. Il serait donc primordial d’y éviter les conversations qui suscite la controverse. Ce point me parle beaucoup également car c’est une des règles de vie les plus importantes dans mon foyer, surtout lorsque l’on passe à table. La vie est si courte et le moment passé avec nos proches tellement précieux. Savourer le repas préparé avec plus ou moins de patience mais toujours avec amour, apprécier d’être enfin ensemble, au moment présent, là, juste ici et maintenant… Pas de sujet qui fâche et nous éloigne de l’essentiel c’est à dire l’amour et la tendresse que nous portons les uns aux autres. Cela parait utopique et difficilement applicable dans la plupart des familles de ne pas râler, de ne pas se disputer, se plaindre ou essayer d’être le centre de l’attention…  Mais il faut voir le hygge comme une période de temps limitée, une parenthèse. Le temps d’un repas par exemple. Profiter alors pleinement de ce moment donnerait un sentiment gratifiant de partager des moments libres de tension avec ceux qu’on aime. Mon petit truc à moi, c’est d’allumer ma jolie bougie lors du repas. Petit à petit, j’espère que toute la famille s’imprégnera… 
6. Le hygge demanderait d’embarquer en tant que membre de l’équipage : chacun aide pour préparer, servir, converser, faire la vaisselle sans rien demander. Non, non, ce n’est pas moi qui l’ai inventé pour qu’enfin on me donne un coup de main à la maison ! Ces derniers aspects sont décrits dans l’article de Jessica Alexander, une psychologue américaine (ah ben, si c’est elle qui le dit, moi ne ne demande pas mieux ! )
7. Enfin, il parait qu’il faut venir tel que vous-êtes. Authentique (et en grenouillère si vous le voulez). Cela crée du lien…
Personnellement je n’ai pas attendu cet hiver pour que mon petit nid soit décrit par les amis ou les visiteurs d’un jour comme la maison du bonheur.  Et mon petit blog chéri est  une éloge à la douceur de vivre, une vrai parenthèse dans mon quotidien (qui ressemble en réalité fort au vôtre). Mais ca me plait que ce soit dans l’air du temps, tout comme les voyages en Islande ou dans les fjords norvégiens (j’en rêve !) et le look viking (cheveux longs et barbe pour les garçons, chevelure tressée façon guerrière pour les filles) qui pointe son nez.
Skøll !
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