Fausses enseignes

Tous les jours, ou presque, je passe par la Place du Marché, palpitante comme un coeur, ou j’emprunte sa petite soeur, la rue des Mineurs. Le matin, j’aime voir les commerçants s’affairer pour installer leur terrasse, en ajoutant parfois un plaid coloré sur les chaises pour les frileux qui veulent prendre un café. Le soir, je m’immerge dans la joyeuse effervescence de ces mêmes terrasses bondées qui raisonnent de rires et de convivialité. J’aime tout particulièrement le charme suranné de certaines adresses liégeoises dont je vous ai déjà parlées parce que si jolies, elles m’ont donné envie d’y rentrer et de faire connaissance : l’Amusoir, les Cuistots, Une Gaufrette Saperlipopette

Et puis, cette semaine, quelle horreur ! J’ai d’abord vu la devanture de Pistache et Chocolat, qui comme son nom l’indique, est le glacier du coin. Je me suis dit : « Diable, pourquoi avoir opté pour cet esthétique si peu… esthétique ? » Mon regard a balayé les alentours et s’est heurté à plus moche encore. Je n’y ai rien compris. J’ai poursuivi ma réflexion et mon chemin sur la triste rue En Féronstrée où je travaille, avec ces commerces abandonnés et voués à devenir « paki », temple de la réparation de gsm, bar à chicha et autres et qui à côté des plus intéressants magasins de seconde main, offre une image plutôt désoeuvrée de cette grande rue de la cité ardente. J’ai essayé de me rassurer en me disant que c’était peut être là le fruit du travail de quelques étudiants d’une école d’étalage ou de graphisme, mais cette idée ne m’a pas rassurée du tout. C’est au bout du cinquième jour, quand j’ai dégainé mon téléphone portable avec un besoin pressant d’instagrammer, que j’ai eu mon attention attirée par un début d’explication sous forme de quelques feuilles blanches placardée sur les vitrines… A midi, en allant chercher des douceurs chez Madame Saperlipopette, je lui ai dit combien j’étais intriguée par cette campagne. Elle m’explique qu’ils n’ont pas souhaité y participer et semble dubitative. Ce véritable coup de poing visuel est-il vraiment judicieux ? Un peu plus loin, je rentre dans mon bar à mezze préféré : Les Cuistots. Tout en me servant de cuillerées à l’odeur prometteuse, j’interroge Necmettin, sur la raison de sa participation et sur ses attentes. Très enthousiaste, il m’explique que la pétition  « Touche pas à mon commerce » a déjà récolté 8ooo signatures. Il espère que cela va vraiment bouger. Il nous dit que les politiques prennent cela au sérieux, les associations de commerçants aussi. Je comprends que ce soudain « dégueuli » de laideur est une métaphore symbolisant l’indigestion face à l’appauvrissement de l’offre commerciale et vise à conscientiser la population. Je me réjouis de voir ce que cela va donner. J’aime voir fleurir les nouvelles adresses audacieuses ou dans l’air du temps, offrant de la nouveauté, de la création, du local, de la « slowlife »… Et de vous en parler évidemment. Cela m’a en tous cas permis de découvrir que des gens bougent au niveau de la qualité de vie du coeur de Liège et m’a donné envie d’aller voir ce qu’ils font. J’ose rêver qu’une rue comme En Féronstrée, avec ces belles maisons liégeoises, retrouvera le charme de sa voisine En Hors Château, coulant en parallèle avec un plus grand sentiment de quiétude et d’harmonie…

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