J’écris un haïku/ et la fin de l’été/ me fait frissonner

Haïku, un petit mot japonais qui, sans en avoir l’air, a tout d’un grand. D’apparence naïve, cette poésie est d’une puissance incroyable pour celui qui l’écrit et pour celui qui le lit. J’en ai reçu en cadeau…

Il y a quelques saisons,  j’ai eu l’occasion de participer à un atelier d’initiation au haïku, au Centre Culturel de Huy, lors de la Journée de la Femme. Je regrette d’avoir oublié le nom de l’intervenant car je voudrais le remercier. Le remercier de m’avoir ouvert la porte d’un monde simple et immense. Celui qui est juste là, maintenant, devant moi et en moi. Devant toi et en toi. Tu le vois ?

Né il y a trois siècles au Japon, le haïku est un poème court, de trois vers, comportant respectivement 5, 7 et 5 mores (syllabes). Le temps d’un souffle. Le haïku ne doit pas être plus long qu’une respiration et je vous invite d’ailleurs à le lire à voix haute pour le ressentir au plus profond. Traditionnellement, il contient un kigo (mot de saison).  Basho, Buson, Issa, Taigi, Shikiest sont les poètes japonais présentés comme étant les maîtres de l’art du haïku. J’en oublie probablement. Cet art de l’ellipse et de la suggestion, cet art de l’instant révélé, est une école de sagesse, d’attention au monde et à soi, accessible à tous, dont l’enseignement est d’une grande modernité : cultiver la modestie et la simplicité, rechercher la spontanéité, renouer le lien primordial avec la nature, éveiller en nous une conscience de la vie comme miracle…

Cette forme de poésie a été adoptée et adaptée par des poètes d’ailleurs, autres temps, autres contrées, comme Jack Kerouac et Allen Ginsberg, des poètes de la Beat Generation, pour ne citer qu’eux. Attirés par une vie de bohème et en recherche de spiritualité, d’expériences extatiques, ils se sont intéressés aux philosophies orientales, la méditation zen et la pratique du haïku. En se réappropriant le genre, en l’habillant parfois du langage de la rue. Ginsberg a écrit des perles de simplicité. Kerouac parle de pops américains, de simples poèmes de trois vers sans la règles des 17 mores en tercet rimé 5-7-5.

Et donc moi aussi, depuis le 30 avril 2014 exactement, je fais des haïkus. Lorsque je suis seule au contact de la nature ou simplement dans mon quotidien. Cela m’apporte de l’apaisement et du plaisir tout à la fois. Comme respirer le parfum d’une fleur. Le haïku naît dans mes yeux, de mes sensations, dans mon esprit. Puis je le tourne et retourne dans ma bouche, comme un bonbon, ou un baiser. Murmuré. Mes doigts comptent dans la paume de ma main. Alors je le couche par écrit. Pour ne pas l’oublier. Il peut être parfois si fugace, que je le répète longuement afin de ne pas le laisser s’échapper…

De mon initiation j’ai retenu  que si la forme est importante, elle peut être contournée. J’aime cependant respecter un maximum ce rythme 5-7-5 qui me permet de focaliser l’attention sur l’instant présent, un peu comme dans l’hypnose et la méditation. J’ai appris à lire à haute voix le haïku qui est en train de naître. Créer à l’oral. Nous avons appris ainsi à réciter nos haïkus aux autres. Si vous avez l’occasion de participer à un atelier d’écriture de haïku, allez-y, cette dimension orale de partage est vraiment intéressante. 

Il est essentiel de partir de choses concrètes qui apparaissent à nos sens. Il s’agit de restituer une image, un parfum, un son… Exprimer l’écho que cela a en nous. C’est un art qui faut pratiquer, pour affiner notre ressenti et apprendre à le transcrire dans la rigueur de cette poésie : trois vers, 17 syllabes. L’expérience est l’écrin de la rigueur. Mais la spontanéité est aussi importante. Il ne faut pas s’arrêter à la forme, et en faire un élément de plaisir et de satisfaction. J’aime quand tout ce qui se bouscule au niveau de mes sens et de mes pensées finit par prendre forme dans ce tercet 5-7-5 apaisant.

Un autre aspect que nous avons travaillé dans l’atelier, peut-être le plus difficile, est d’amener un élément de surprise : construire un poème fait de deux vers qui ont un rapport et un vers différent, peu importe l’ordre. Une nouvelle image surgit alors et propose une ouverture. Le poème coïncide alors avec notre exacte intimité, tout en provoquant un tressaillement dans l’esprit, tout en pinçant le cœur avec légèreté et simplicité, tout en faisant naître de subtils changements dans notre vie… Le temps d’un souffle. C’est ça la magie du haïku.

J’ai longtemps gardé mes haïkus pour moi. Et puis j’en ai partagé avec l’être aimé lorsque j’ai appris qu’il était parfois également poète de l’instant présent. Mélange de pudeur et d’ouverture de soi. Aujourd’hui, c’est à vous que j’ai envie de partager à quel point l’art du haïku est apaisant et vivifiant à la fois. C’est une manière de pratiquer la pleine conscience, qui est dans l’air du temps et qui me parle beaucoup en tant que psychologue, hypnothérapeute, poète du quotidien et blogueuse « slowlife ».

J’ai donc décidé il y a quelques semaines d’en parsemer mon feed Instagram, associés avec la photo prise juste avant de le faire pousser en mots (j’ai le plaisir de voir de plus en plus de mes compagnons instagrameurs s’y mettre à leur tour). Et cela dans l’intention de vous offrir ce billet. Car écrire des Haïkus, est un art de vivre. Cela fait partie des petites choses qui nous font le plus grand bien et que l’on peut apprendre à faire entrer dans une routine de bienveillance à soi et au monde.

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